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À la rencontre d’Ezio Schiavulli…

Le public briard a déjà découvert le travail d’Ezio Schiavulli dans les spectacles «Noblesse oblige», «Nête jinte o pecciöne de la tèrre» et «Ma chose». Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir cet artiste plus personnellement, à travers son parcours, sa passion, ses émotions…

Bonjour Ezio, d’où vous est venue cette passion pour la danse  ?
Dès mon enfance, j’étais attentif et fasciné par plusieurs univers de création : la musique, la littérature... Mais dans mes paradoxes, j’ai choisi de suivre une direction d’étude scientifique en chimie, et une activité physique secondaire comme le foot… À mes 18 ans, je me suis laissé convaincre par une amie danseuse de prendre un cours de danse. Cela a été une pure découverte, un parfait équilibre entre le corps et la pensée. Depuis, c’est devenu un moteur de vie.

Vous mettez en place de nombreuses actions pédagogiques et de sensibilisation. Pourquoi  ?
Le travail de sensibilisation est, selon moi, la base de la construction d’un artiste qui a le rôle d’apporter un regard « autre » du quotidien. L’artiste se construit lui-même dans la relation avec le territoire et dans le lien avec le public. Ainsi, sensibiliser le public à l’art, c’est s’enrichir soi-même. Je pense qu’aujourd’hui nous ne pouvons plus vivre l’art comme un univers élitiste. Car cela risque d’éloigner de plus en plus le public de la recherche et des objectifs de vie des artistes. La pédagogie est aussi une sorte de sensibilisation mais beaucoup plus approfondie dans la discipline même. Donner des « armes » à des jeunes, ou moins jeunes, permet d’alimenter les nouvelles générations de danseurs, avec une technique plus ouverte et une vision de l’art plus solide, avec un sens esthétique et des paramètres critiques. La pédagogie et la sensibilisation sont pour moi une vraie force, c’est une valeur ajoutée à mon travail chorégraphique.

Vous avez été nommé membre du conseil International de la Danse (Unesco). Que représente pour vous cette nomination  ?
En 2013, suite à la présentation d’une re-création de la pièce « Né d’entre les cuisses de la terre » à Brie-Comte-Robert, le président du CID (Unesco), m’a fait part de sa volonté de me nommer membre du Conseil International de la Danse. Un véritable honneur, une responsabilité, une belle reconnaissance d’un travail constant et présent sur les territoires. Mais à ce jour, c’est un rôle que j’accomplis à distance. J’aimerais être physiquement plus présent mais comme une grande partie des chorégraphes engagés, nous sommes énormément en déplacement avec des plannings pas toujours très évidents.

Que vous reste-t-il de votre premier passage à Brie-Comte-Robert  ?
Brie-Comte-Robert a été pour moi un lieu riche de possibilités, un accompagnement de longue durée, un vrai engagement. Au Safran, j’ai eu la belle possibilité de présenter une grande partie de mes créations. La première fois, c’était en 2011. Nous avons présenté, avec la compagnie, une répétition ouverte au public d’une création en cours « Tempo Rubato Al Crepuscolo » création sur les éléments du Romantisme vers l’esthétique absurde de Tim Burton.

Votre nouvelle création s’appelle « comme les douches dans les Motels », pourquoi ce nom  ?
« Comme les douches dans les Motels » est ma 13e création. Dans cette recherche, je plonge dans une thématique sociale, une pathologie du futur : la solitude de l’homme moderne. Mon regard s’est porté sur les dynamiques humaines et les fragilités des rapports entre les individus. Je faisais un parallèle entre les liens humains, de plus en plus dans le besoin d’affirmations et de fuite, et des conduites d’eau d’un vieux bâtiment… « quand la chambre 201 ouvre l’eau chaude, la chambre 202 n’aura que la froide et vice-versa ». Suite à une recherche sur les lieux communs, j’ai découvert que les Moto-Hôtel (Motel) étaient conçus dans l’idée de garder l’anonymat des gens qui y passaient. Ce lieu exacerbe l’isolement et la solitude. De ces réflexions, je suis revenu à cette image de conduites d’eau rapportée à ce lieu insolite et vide de tout échange et de partage. Voici : « comme les douches dans les Motels ».