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Devoir de mémoire

Dans le cadre de l’événement Centen’Art, la ville propose de croiser les regards sur cette période. Nous avons rencontré Roger Guyot, ancien combattant de la guerre d’Algérie et Marius Rimbert, collégien.

Portrait devoir mémoire

Qu’évoque la Grande Guerre pour vous ?
Roger Guyot (RG) : Quand j’étais plus jeune, on ne posait pas de questions. Ma famille me disait : « tu es trop jeune, ça ne te regarde pas ». C’était tabou. J’ai fait mes recherches quand j’étais jeune adulte. J’ai commencé à poser des questions, j’ai récupéré des photos et retrouvé des dates. Les conditions de cette guerre étaient terribles. 14-18, c’était les tranchées, la boue, la pluie, le manque d’eau et de nourriture.
Marius Rimbert (MR) : Mon arrière-grand-mère est née en 1915 et ses deux filles sont nées pendant la seconde Guerre mondiale. Elle est décédée en 2015 mais je l’ai bien connue. Elle nous racontait beaucoup d’histoires. Elle a même gardé des lettres de son mari et des photos.

Allez-vous participer à la commémoration de l’Armistice du 11 novembre ?
RG : Oui, en tant que porte-drapeau indépendant. Je me mets à disposition des associations des anciens combattants et je peux intervenir dans plusieurs communes. Depuis une trentaine d’années, je suis présent à quasiment toutes les cérémonies de Brie. Au départ je suis porte-drapeau à Grisy-Suisnes, car certains de mes ancêtres qui ont fait la guerre de 14-18 sont enterrés là-bas.
MR : Je serai présent pour chanter avec ma classe de 3e. C’est la première fois que je participe à une commémoration. J’aime l’idée de rendre honneur aux anciens soldats.

À l’occasion du centenaire, la ville organise l’événement Centen’Art… Êtes-vous intéressés ?
RG : Oui ça m’intéresse vivement d’y participer. C’est important de commémorer le centenaire, surtout pour les jeunes. Il y a 2 ans, j’ai discuté avec des collégiens et lycéens dont je connaissais les familles, et je les ai poussés à faire des recherches, avec l’aide de leurs parents et grands-parents. Ils doivent savoir s’il y a eu un « Poilu » dans leur famille, ce qui s’est passé pendant 14-18, et pourquoi on en est arrivé là. Le fait qu’ils fassent leurs propres recherches leur donne un but et les pousse à s’intéresser car il s’agit de leur famille.
MR : Avec mon collège, j’ai visité l’exposition « 9e Art et Grande Guerre » et nous avons eu le programme de Centen’Art en classe. Ça m’intéresse car des gens de ma propre famille ont vécu cette époque.

M. Guyot, vous êtes un ancien combattant, pouvez-vous expliquer où vous avez combattu et dans quelles circonstances ?
RG : Je suis un ancien combattant d’Algérie. À l’époque, on était enrôlé d’office. 450 000 jeunes par an étaient présents en Algérie. Aujourd’hui les jeunes ont le choix, c’est une chance. J’avais 20 ans, mon frère était déjà au Maroc et je venais de perdre mon père. J’ai eu le droit de passer quelques mois en Allemagne, à Baden-Baden, pour faire les classes dans l’armée. J’ai toujours aimé les véhicules. J’avais tous mes permis à 18 ans. J’ai appris à conduire les véhicules spéciaux c’est-à-dire hors gabarits. Puis je suis parti en Algérie pendant 17 mois. J’ai eu la chance de continuer à conduire et d’aller dans beaucoup d’endroits, y compris au Sahara. J’ai aussi de très mauvais souvenirs car des copains sont tombés à côté de moi, mais ça fait partie des guerres, malheureusement. Aujourd’hui, tout le monde n’est pas prêt à en parler ou n’en a pas envie. Il ne faut pas oublier les femmes, qui faisaient le travail en l’absence des hommes, même si leur indépendance est arrivée bien plus tard. J’ai rencontré ma femme en Algérie. J’y suis retournée 2 ans après et je l’ai épousée là-bas.

Si vous aviez un message à délivrer sur ce sujet à la génération présente et aux générations à venir, quel serait-il ?
RG : Aujourd’hui, les jeunes participent à la Journée d’appel de préparation à la défense (JAPD), mais ça laisse peu de temps pour parler de tout. Dans 30 ans, il n’y aura plus personnes pour raconter ce qu’il s’est passé, donc c’est maintenant qu’il faut s’y intéresser.
MR : C’est important de transmettre ce devoir de mémoire, car comme toute l’Histoire, ça s’apprend de générations en générations.

 

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